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44e Congrès de la Société canadienne de psychanalyse

La turbulence émotionnelle : Le travail clinique avec l’expérience non formée

31 mai – 2 juin 2019
Sutton Place Hotel, Vancouver, BC

Avec
Avner Bergstein, Israel Psychoanalytic Society

“Comment voir, observer…ces choses qui ne sont pas visibles?”(Bion, 2005). Comment l’expérience sentie devient-elle pensable? Et ce quelque chose douloureux qui subsiste dans le corps, sans jamais devenir une pensée émotionnelle investie? Comment aborder l’effet de ce qui demeure non-verbalisable, non représentable?

Comment travailler comme analystes face à l’ineffable, l’inarticulé? Avec ce qui est difficile chez nos patients? Avec clartéet lucidité, Bergstein confronte cet enjeu de rejoindre cette subjectivité ineffable si centrale à la réflexion psychanalytique contemporaine de plusieurs écoles de pensée. La découverte de l’inconscient par Freud a éclipsé le fait que certaines parties de l’inconscient ne laissent pas de traces symboliques dans notre vie consciente éveillée. Son inconscient réprimé par la dynamique faisait partie d’un plus grand ensemble, non-formé, non-organisé, non-articulé ni articulable d’éléments proto-psychiques, que l’on peut nommer l’inconscient non-formulé ou non-réprimé (Levine, 2013:43) qui peut ne pas être accessible à nos sens.

Tandis que Winnicott signale la crainte de l’effondrement et son attirance, Bion mentionne le changement catastrophique et l’angoisse engendrée. Les deux se retrouvent au cœur de l’inconscient non-réprimé. Les deux précisent l’effroi de toucher cette vérité émotionnelle encapsulée dans l’inconscient non-mentalisé, menaçant l’esprit de psychose. Néanmoins, les deux soutiennent que cette rencontre, qui facilite l’intégration de ces portions distantes du self, peut éviter la catastrophe mentale, ou la mort psychique à titre de défense contre elle. L’intérêt dans cet inconscient non-réprimé a élargi la notion de l’action thérapeutique. L’objectif d’amoindrir les obstacles de la répression s’est ouvert sur le processus impliquant l’extension des frontières du self pour inclure les portions clivées et non-formées par la contenance analytique.

Les formulations des buts de la psychanalyse ont ainsi été modifiées par ces conceptualisations contemporaines. Après Bion, la et son concept de la fonction de transformation et de la création symbolique investie émotionnellement. Malgré le débat entre théoriciens actuels, une certaine convergence des formulations de la psychanalyse se porte sur ces éléments « pas encore émergés »de l’expérience dans une forme en mesure de regrouper un réseau associatif de sentiments, pensées, désirs, et souvenirs pour être discernés et oubliés, vécus de telle sorte qu’ils puissent devenir inconscients.

Qu’y a-t-il dans la relation avec l’analyste qui puisse relancer un mode suspendu de rêverie et relier ces portions distantes et différentes du soi?

« La quête analytique ne traverse pas la césure pour arriver dans un refuge sûr, plutôt pour améliorer la capacité de mouvement et de navigation libre entre les deux rives. Ce qui compte vraiment sont le simple mouvement et la transition, et non pas sa direction, sans la notion d’avancer vers un but, la cure. C’est le mouvement en soi qui agrandit l’esprit et facilite la vie psychique ».(Bergstein, 2013: 626).

Cela ramène à l’avant-plan la complexité de ce qui active la symbolisation ou initie son absence, les processus intrapsychiques et intersubjectifs par lesquels se forment, ou pas, les représentations, ainsi que les phénomènes psychotiques et psychosomatiques à la fois chez les analystes et leurs « patients qui redoutent le changement catastrophique » (Bergstein, 2014). Qui tous ont des conséquences pour l’approche de l’analyste et son interprétation. Bergstein développe le concept de rêverie de Bion et le processus du contenant/contenu avec l’élaboration affective de l’analyste et du patient en tant qu’instruments de l’intuition et comme moyens de traverser ce vide entre l’esprit et l’esprit.

Il propose que « le chemin vers la transformation psychique est rivé dans la possibilité d’éprouver le passé au présent, pour la première fois, dans le transfert ». « Cela, je suggère, est possible avant tout par la capacité et la volonté de l’analyste de vivre les agonies de l’effondrement dans sa chair. C’est à l’analyste d’« accepter» de ressentir le changement catastrophique, de perdre son identité, momentanément…»(2104 :864)

Bergstein, A. (2013). Transcending the Caesura: Reverie, Dreaming and Counter-Dreaming . Int. J. Psycho-Anal., 94(4):621-644
———-. (2014). DÉPASSER LA CÉSURE: RÊVERIE, CAPACITÉ DE RÊVER ET DE CONTRE-RÊVER. L’Anneé Psychanal. Int., 2014:113-140
———-. (2014). Beyond the Spectrum: Fear of Breakdown, Catastrophic Change and the Unrepressed Unconscious. Rivista Psicoanal., 60(4):847-868
Bion, W. (2005). The Italian Seminars. London: Karnac
Levine, H. (2013). “The colourless canvas: representation, therapeutic action, and the creation of mind.” In: H. Levine, G. Reed, D. Scarfone, eds, Unrepresented States and the Constructon of Meaning. Clinical and Theoretical Contributions (pp. 42-71). London: Karnac

Avner Bergstein est un membre, un didacticien et un superviseur de la Société psychanalytique d’Israël. Il travaille en pratique privée auprès d’adultes, d’adolescents et d’enfants, en plus d’avoir oeuvré en garderie avec des enfants autistes. Auteur de nombreux articles et chapitres de livres s’adressant aux implications cliniques des écrits de Bion et Meltzer, ce qui apporte une contribution originale quant à la diffusion du savoir analytique. Ses travaux ont été traduits en plusieurs langues dont l’allemand, le français, l’espagnol et le portugais. Son livre à paraître, Bion and Meltzer’s Expeditions into Unmapped Mental Life (Routledge, 2019) sera le premier à comparer le travail de Bion et Meltzer.

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